Free Mobile : le point 5G ….

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Alors que le déploiement de la 4G connaît cet été un coup d’accélération sur le territoire, on évoque de plus en plus la technologie dite supérieure à savoir la 5G, dont l’arrivée est prévue en France courant 2020.

Or il est parfois difficile de s’y retrouver mais surtout d’appréhender la concrète distinction entre ces deux technologies, la portée des avancées que la petite dernière engage, comme le poids des investissements devant être réalisés par les opérateurs pour qu’elle leur soit rentable.

Free Mobile et une avancée de pions disruptive sur le marché ?

Pour rappel, Xavier Niel a une part active dans les projets développés par Monaco Télécom sur la principauté, premier Etat à disposer de la 5G sur l’intégralité de son territoire depuis le mois dernier, Free Mobile entamera de premières expérimentations sur cette technologie à Station F, indoor, à compter du 1er septembre 2019 et nous serons lors du lancement de ces premières expérimentations, à la veille du salon Innovative City qui se tiendra également sur le sol monégasque et à Nice les 15, 16 et 17 octobre prochain.

Autant de raisons d’apporter quelques précisions sur cette technologie qui devrait impacter sérieusement les projets de l’opérateur dans les mois à venir.

Au préalable il est nécessaire de bien comprendre l’impact d’une société qui tend de plus en plus vers le tout numérique, ce qui nécessite pour les opérateurs, d’engager des moyens à la hauteur dont le coût n’est pas négligeable.

Les contours de la technologie 5G.

La notion de 5G englobe communément le réseau sans fil de cinquième génération qui devrait soutenir la téléphonie mobile dans sa conquête de l’Internet des Objets, la domotique et les projets Smart Cities.

Smart Cities Components

Cette technologie avancée promet de belles perspectives quant à l’aménagement du territoire et une véritable aubaine pour les collectivités s’inscrivant dans des projets de développement urbain et notamment dans la gestion du trafic routier ou la gestion de l’énergie, l’automatisation industrielle, la robotisation, la conception de véhicules connectés , la santé, la prévention des risques, la sécurité …

Autant de domaines du quotidien qui devraient se voir véritablement impactés à plus ou moins long terme et gagner en termes de mobilité et de facilité d’accès.

D’un point de vue technique, la 5G démocratisera par force la 4K qui laissera doucement place à la 8K.

En matière de télécommunications, de belles promesses également : le temps de latence devrait être réduit à moins d’une milliseconde entre le réseau et le terminal et offrir une capacité de réponse infinitésimale par rapport à celle d’un cerveau humain, c’est dire le gain en temps et en fluidité de communication pour les systèmes automatisés (10 fois moins qu’à l’heure actuelle avec la 4G) mais également en couverture pour les zones non accessibles à la fibre.

En termes de débit et de réseau, quelle différence alors avec la technologie précédente ?

A brève échéance, c’est un débit environ 10 fois plus performant qui est annoncé  et devrait atteindre le 10 Gbits/s, laissant présumer le « fondement d’une 4ème révolution industrielle ».

S’agissant des fréquences, c’est l’apparition de trois nouvelles bandes qui représente l’impact technologique le plus concret, chacune présentant un avantage :

1° – une bande de 700 Mhz d’ores et déjà utilisée depuis l’année 2015 par certains opérateurs français pour la mise en place du réseau 4G. Cette bande est très accessible à l’intérieur des bâtiments et sa qualité d’accès offre un débit quasiment identique à celui de la 4G monobande.

2° – une bande de 3,5 Ghz (3,4 – 3,8 Ghz) qui engage une véritable transition pour la 5G en termes de débit, même si l’accès à l’intérieur des bâtiments se révèle moins aisé et fluide qu’avec la bande 700 MHz. Selon l’ARCEP, cette deuxième bande est le véritable cœur de la 5G tout en proposant une solution d’aménagement entre la couverture et de débit  grâce à ses propriétés intrinsèques.

3° – une bande 26 Ghz dite « millétrique » et qui représente la fréquence la plus élevée, d’un débit extrêmement élevé et notamment utilisé par la technologie cellulaire car comparable à celui de la fibre.

Source : ARCEP

Du point de vue couverture, la bande 26 Ghz permet une frappe technologique sur une couverture réduite.

Jean-François HERNANDEZ dans un entretien publié dans Clubic en début de mois, précisait que cette haute fréquence peut proposer de très importants débits sur de très petites zones.

« C’est là-dessus que nous avons lancé un appel à expérimentation destiné aux opérateurs et surtout aux industriels pour qu’ils puissent tester techniquement, mais aussi en termes de modèles d’affaires. En Allemagne, par exemple, le port de Hambourg fait un test là-dessus. Cela pourrait être des zones aéroportuaires, des ports, des portions d’autoroutes, des usines, des hôpitaux. On ne sait pas. L’idée, c’est de tester, pour voir » indiquait-t-il toujours pour Clubic.

Le résultat de ces premiers tests est d’ailleurs la condition sine qua non posée en échange des autorisations d’expérimentations distribuées par l’ANFR et l’ARCEP dans le courant des mois de juillet et août notamment à Free Mobile.

Si Bouygues Télécom, Orange et SFR disposent depuis plusieurs mois des autorisations nécessaires pour mener les premiers tests sur des supports installés par leurs soins, Free Mobile n’a concrètement décroché sa première autorisation sur le sol français que dans le courant du mois de juillet 2019.

Source Numerama

Situation au demeurant peu préjudiciable si on considère le lancement de la 5G en principauté de Monaco dans laquelle Xavier Niel est partie prenante, comme l’exemple le plus concret du lancement de cette technologie d’un point de vue officiel alors que les autres opérateurs français décrochent à peine les autorisations pour les premières expérimentations.

Qui plus est, les expériences menées dans le cadre de ces autorisations demeurent essentiellement techniques et répondent à « une demande d’usages et de modèles d’affaires » précise une nouvelle fois l’ARCEP à ce sujet.

Un processus d’autorisations qui par ailleurs, s’inscrit en marge de la consultation publique mise en place depuis le 15 juillet dernier et qui vise là par contre les conditions d’attribution des fréquences dans la bande coeur de la 5G.

Quel rôle pour l’ARCEP ?

Comme pour les générations précédentes, l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes entend jouer un rôle fort de contrôle quant au déploiement et à la qualité des réseaux.

« Nous avons lancé une consultation publique générique qui s’est terminée le 19 décembre dans laquelle nous posons toutes les questions sur table. Par exemple, faut-il attribuer les bandes fréquence en même temps ou de manière séparée, quelle largeur de bande par type de fréquence, faut-il attribuer uniquement aux opérateurs télécoms ou également à des industriels. Nous avons demandé aux acteurs économiques (opérateurs, équipementiers) de nous répondre. Nous avons eu les réponses du secteur, et maintenant, l’équipe travaille à la synthèse. Nous allons ensuite bâtir le design des futurs appels à candidature. S’il est décidé que la 5G est destinée prioritairement à faire de la voiture connectée (c’est un exemple), évidemment, les obligations qui seront mises dans les futures licences seront plus importantes le long des autoroutes et le long des routes ».

Un contrôle qui n’élude pas celui du gouvernement qui impose à l’Arcep un cahier des charges drastique à faire respecter aux opérateurs postulant à l’utilisation de la bande 3,4-3,8 GHz à savoir : une participation active à l’aménagement du territoire, des pratiques concurrentielles courtoises mais également un seuil de rentabilité.

Ce processus doit se dérouler en deux temps :

  • Une proposition émise par les différents opérateurs pour l’obtention de blocs de 40 MHz minimum à prix fixe. Le mieux disant en matière d’aménagement et de rapidité de déploiement de la 5G se verrait conférer un rôle prioritaire au niveau de l’accès.
  • L’acquisition de fréquences additionnelles par blocs de 10 MHz par voie d’enchères sûrement plus intéressantes pour les caisses de l’Etat (les expériences européennes et notamment en Allemagne, qui ont rapporté pas moins de 6,55 milliards d’euros peuvent faire saliver l’Etat et promet une manne financière conséquente).

L’objectif visé en termes de délais est un lancement concret dans le courant de l’automne 2019 s’agissant des enchères pour un déploiement début 2020.

La question qui pourrait venir à l’esprit réside dans la position de la France quant à ce déploiement par rapport aux autres nations dont le calendrier de mise en place paraît plus avancé.

L’exemple monégasque, frontalier mais d’ores et déjà doté de cette technologie sur l’ensemble de ses 2 km2 depuis le mois de juillet dernier, n’est pas un référentiel pour de multiples raisons.

Certes la principauté peut aujourd’hui se prévaloir d’une couverture bien avant les autres. Mais ses contraintes géographiques sont bien moindres et ses relations avec Huawei, concepteur d’une partie de ses équipements et qui renoue avec l’Europe à cette occasion, ont toujours été claires.

Enfin, il s’agit d’une technologie dite de « rupture » qui engage une véritable mutation des infrastructures comme des réflexes d’usage mais surtout un changement radical des business models sociétaux ; mutation qui nécessite toutes les précautions utiles mais également un positionnement sur le marché des tarifs d’accès comme la commercialisation des terminaux de communication adaptés.

Et c’est là que le bât blesse.

Au niveau tarifaire déjà : à l’heure actuelle, un lancement forfaitaire de moins de 50 à 100 €/mois n’est pas envisageable.

Une innovation aux effets pervers pour le consommateur ?

L’innovation a un coût et il impactera forcément le budget du consommateur qui souhaitera y avoir accès.

Un effet boule de neige sur le budget des ménages.

Il s’agira dans le même temps pour les opérateurs, que les investissements liés aux enchères mais aussi dans le lancement de terminaux adaptés soient purgés, même si l’Etat consent quelque effort de son côté.

En Allemagne, ce sont pas moins de 6,55 milliards d’euros qui ont été déboursés justement dans le cadre des procédures d’attribution qui ont tourné à la foire d’empoigne au printemps dernier.

Pas moins de trois mois de joutes, 497 tours, pour l’attribution de 41 blocs de spectre et une victoire conjointe de Deutsche Telekom et Vodafone sur le marché.

Idem en Italie à l’automne 2018 avec 6,5 milliards d’euros et l’avènement de Telefonica.

Procédure dans laquelle Iliad s’est également engouffrée en investissant le 3 octobre 2018 pas moins de 1,190 milliards d’euros pour l’acquisition de fréquences.

Autant de répercussions sur le portefeuille de l’usager à terme.

Une véritable gageure déjà pour Xavier Niel, qui a construit Free Mobile sur un business model particulièrement démocratique ; business model qu’il revendique comme l’ADN de Free à ses débuts et auquel il lui est reproché de s’être peu à peu détourné depuis le lancement de la Delta dont le coût d’abonnement est considéré par beaucoup comme trop élevé.

Une mutation du parc mobiles des usagers forcément onéreuse dans l’immédiat.

Quelques modèles sont d’ores et déjà présentés ou annoncés et sont une nouvelle fois l’illustration du duel qui oppose les leaders sur le marché : Samsung et Huawei.

Il faudra par exemple débourser 1 150 € environ pour se procurer le Galaxy S10 disponible en suisse uniquement pour le moment en Europe et pas moins de …2290 € pour le Mate X présenté à Barcelone lors du MWC 2019.

Une guerre commerciale non seulement s’agissant des équipements des usagers mais également du point de vue des infrastructures.

Pour l’heure, Huawei est fort d’une cinquantaine de contrats 5G et confirme son leadership au niveau mondial, en dépit du boycott dont la firme fait les frais depuis plusieurs mois.

C’est sans compter sur Nokia et Ericsson en Europe, qui entendent bien lui damer le pion à plus ou moins long terme.

La firme finlandaise s’est fendu d’un budget conséquent en R&D ces deux dernières années et installé sur son site de Paris/Saclay, au cœur de l’Europe, un « 5G expérience center » aux objectifs très clairs:

  • une mise en situation des usages les plus courants de la 5G en partenariat avec les différents acteurs de l’écosystème au moyen d’un réseau expérimental.
  • Un lab IoT dédié à l’encadrement des différents partenaires industriels notamment dans les transports et permettant des paramétrages précis au cœur des usages les plus courants qui en seront faits.

Une diabolisation de la technologie et de ses effets sur la santé.

Si à l’instant T, aucune démonstration n’est apportée par l’OMS des éventuelles conséquences sur la santé, à long terme, des fréquences et de ses ondes radios le projet n’est pas sans soulever plusieurs questionnements.

De leur côté, les équipementiers assurent avoir entouré leurs produits de l’ensemble des garanties possibles en matière de protection et notamment en limitant la somme des émissions électromagnétiques 2G/3G/4G sur les appareils compatibles à la 5G.

C’est ce qu’affirme de son côté, Nokia qui assure que l’ensemble de ses produits sont « conformes aux directives et limites d’exposition internationales fixées par les autorités de santé publique ».

Mêmes précautions adoptées pour les antennes MIMO qui proposeront un signal limité et uniquement actif en fonction de l’usage et de la demande.

Autant dire que si l’idée d’une nouvelle technologie demeure forcément attractive sur un ensemble de domaines notamment il ne faut pas se le cacher en matière commerciale, elle engage une véritable mutation de comportements qu’il va falloir être prêts à affronter pour en tirer uniquement les avantages.

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