StopCovid : le PokémonGo à la française …

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L’application dont la sortie officielle était initialement prévue hier à midi, a rencontré quelques avanies, mais est désormais disponible sur les plateformes Google et Apple.

Et elle réserve une surprise qui n’est pas anodine.

Tout d’abord, pour pouvoir l’installer, notamment, sur Android, il est impératif d’activer la géolocalisation par GPS, ce qui n’était pas véritablement prévu au programme.

En effet, l’application est censée fonctionner grâce au Bluetooth et c’est d’ailleurs l’argument majeur qui était brandi par Cédric O pour en vanter les mérites ou tout du moins les bienfaits dans le tracking des individus infectés par le coronavirus.

Cette « surprise  » de dernière minute, serait liée aux diverses conditions imposées par Google afin que l’application puisse être disponible sur le Google Play.

Une surprise qui n’en est d’ailleurs véritablement pas une ; l’application a connu quelques précédents avant d’être distribuée en France et ce « défaut de conception » avait d’ores et déjà été relevé notamment au Royaume-Uni.

Alors qu’en est-il des véritables intentions du gouvernement quant à cette « difficulté » notoirement prévisible et qu’il ne pouvait ignorer sans flouter les contours de l’application aux yeux du public pour que la majorité veuille l’utiliser les yeux fermés ?

Un impératif de dernière minute ou un argument qui balaye nos droits d’un revers de la main ?

Au-delà de toute théorie du complot librement élaborée autour d’une éventuelle atteinte aux droits fondamentaux ainsi qu’aux libertés individuelles (on observera l’utilisation prudente du conditionnel), le secrétariat d’Etat au Numérique pointe du doigt le cahier des charges de la solution qui aurait dû être fournie par Google ou Apple et qui a fait l’objet d’un rejet de la part du gouvernement au bénéfice de sa propre solution conçue avec la participation de partenaires comme l’INRIA, Orange, ou Cap Gemini. Ouf !

Ce qui n’est pas sans douleur ni contraintes diverses et variées apparemment difficilement surmontables.

En cause la technologie Bluetooth choisie Low Energy, inutilisable si son usage n’est pas collectif, ce que nous avions pointé du doigt il y a de cela quelques semaines ; d’autant que la plupart des usagers n’ont pas de smartphone équipé de cette technologie somme toute assez récente. L’autorisation d’accès doit donc être large ce qui englobe également d’autres modes de géolocalisation plus généraux.

L’application a cependant tenu à se dédouaner de toutes suspicion de recueil des données frauduleuse en avertissant l’utilisateur préalablement de ce qu’elle contient et sous-entend. Du moins grâce au Bluetooth.

MAIS c’est sans compter l’utilisation du GPS qui quant à lui, permet d’accéder au positionnement approximatif grâce au réseau ainsi qu’au lot d’autorisations subséquent, sujet forcément délicat. GPS activé par défaut au risque de rendre l’application inutilisable.

Une problématique forcément liée au choix du gouvernement de créer sa propre application en s’évinçant des protocoles usuels utilisés par Google et Apple mais dont nous payons quelque peu le tribut.

En d’autres termes, Paris ne pouvait mieux faire au regard de ses prédispositions mais aurait du le savoir dès le départ au lieu de laisser entendre que ce recueil de données serait sans conséquences pour l’utilisateur de l’application.

Le secrétariat d’Etat au Numérique aurait-il pu procéder autrement ?

Pour résumer ; l’application s’engage à n’utiliser que le Bluetooth mais ne peut véritablement fonctionner sans géolocalisation au risque de devenir absconse.

Elle se trouve donc, si l’on ne veut retenir que la bonne foi de la part du secrétariat d’Etat au Numérique en charge du projet, confrontée à un probème de communication, car nul ne sait pour l’heure si une majorité d’usagers acceptera d’en procéder au téléchargement en étant pleinement informé de ce qu’elle contient ou engendre au niveau du recueil de ses données.

Délicatesse à surmonter de la part du gouvernement s’il souhaite voir son projet déployé à large échelle auprès de la population, qui risque de vertement lui reprocher soit ses choix stratégiques si elle perçoit la portée de ce qui lui est proposé en toute conscience soit, au pire des cas, pointer du doigt un énorme mensonge sur son contenu. Ce qui ne saurait bien évidemment être le cas.

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