Soupçons d’arrangements dans le rachat SFR-Numericable

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Des soupçons pèsent sur le rachat de SFR. Mediapart dénonce, dans un article intitulé « SFR-Numericable : petits arrangements entre amis », les conditions ayant mené le conseil de surveillance de Vivendi à opter pour le groupe Altice (Numericable) plutôt que le dossier concurrent de Bouygues.

Jean-René Fourtou, président du conseil de surveillance de Vivendi (sur le départ), n’a jamais caché sa préférence pour la candidature de Numericable. Les médias ont relevé son rôle déterminant, allant jusqu’à convaincre son futur successeur Vincent Bolloré, initialement plutôt favorable à la candidature de Bouygues, d’opter pour le choix Numericable.

Malgré tout, contrairement à ce qui a pu être affirmé par Vivendi, le choix de Numericable ne s’est pas fait à l’unanimité. Une résistance très minoritaire s’est fait jour, par l’intermédiaire de Pascal Cagni (administrateur indépendant) et Claude Bébéar qui, hospitalisé lors des discussions, n’a pu que participer par téléphone — pas voter.

Officiellement, l’option Numericable avait pour avantage de proposer une somme en cash plus importante, et d’être plus simple à réaliser, réglementairement parlant : elle posait nettement moins de problèmes concurrentiels que pour Bouygues, où la vente du réseau mobile et de fréquences à Free Mobile aurait pu être compliquée par les autorités régulatrices.

Mais Mediapart cite également des “rumeurs insistantes” sur un potentiel intérêt personnel de Jean-René Fourtou, ainsi que de deux autres administrateurs (Jean-François Dubos et Alexandre de Juniac) : ceux-ci se seraient vu promettre un poste d’administrateur au sein de la future entité SFR-Numericable en échange de leur soutien au dossier. Fourtou hériterait même de la présidence dans l’opération, selon les informations de Mediapart. Une information toutefois démentie par Patrick Drahi, président d’Altice, qui assure vouloir prendre lui-même les rênes, au moins dans un premier temps…

Ce pouvoir promis « pourrait se doubler de quelques intérêts financiers », croit Mediapart. Le journal cite des rumeurs sur un plan de stock-options qui serait mis en place dès la création de l’ensemble SFR-Numericable, citant des chiffres précis : « le plan correspondrait à 1,35% du capital de la nouvelle entité, évaluée autour de 10 milliards d’euros. Le management pourrait donc se partager autour de 135 millions d’euros », sans compter les habituels jetons de présence.

Les informations du journal en ligne ont été récusées en bloc par les principaux intéressés. Vivendi nie ainsi qu’un plan de stock-options ait déjà été mis en place, même s’il « paraît évident qu’il y en aura un à un moment ou à un autre » selon un administrateur. De son côté, Alexandre de Juniac, administrateur indépendant et PDG d’Air France, a communiqué à Mediapart un démenti net via son service de presse : « nous ne pouvons que vous inviter à prêter foi aux démentis très clairs exprimés tant par Vivendi que par Patrick Drahi sur les supputations autour de la composition hypothétique des futurs organes de gouvernance ».

Quoi qu’il en soit, Mediapart affirme que ces rumeurs internes persistantes auraient pour effet de précipiter la conclusion du rapprochement SFR-Numericable. Alors que les négociations exclusives étaient ouvertes pour une fenêtre de trois semaines, les deux groupes verraient dans l’attente un danger et feraient de leur mieux pour aller au plus vite. Ainsi, le financement bancaire, préalable à la conclusion de l’affaire, pourrait être bouclé définitivement d’ici deux à trois jours.

Source : Mediapart

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[Responsable de la rédaction] Sévit également sur Café Gaming et Point de vue social.

12 commentaires

  1. Juste une petite remarque : quand je lis "Claude Bébéar qui, hospitalisé lors des discussions, n’a pu que participer par téléphone — pas voter.", j'ai l'impression qu'on pourrait comprendre que Bébéar n'a pas voté parce qu'il était hospitalisé. Ce n'est pas le cas, c'est son statut d'administrateur censeur qui ne lu donne pas droit de vote.
    Pour le reste, on verra si les rumeurs resteront des rumeurs ou non, mais on imagine mal une transaction à plus de 10 milliards ne pas comporter quelques petits arrangements personnels.

  2. Il y a une différence entre s'informer avec des faits avérés et s'informer avec des rumeurs.
    Médiapart a parfois raison, tant mieux.
    Mais Médiapart à parfois tort. Et là c'est dommage car autant s'informer avec des faits avérés est une bonne chose autant s'informer avec des rumeurs ou des "je suis certain que" peut conduire à des situations dramatiques pour les personnes mises en cause.
    Pour mémoire, je vous livre cette information (pas une rumeur) à propos de Médiapart :
    "Par arrêt en date du 26 janvier 2011, la chambre 2-7 de la Cour d'appel de Paris, chambre de la presse, a condamné Hervé Edwy PLENEL, directeur de la publication, et Fabrice LHOMME, journaliste, pour avoir publiquement diffamé Marc ROZENBLAT, en mettant en ligne sur le site, www.mediapart.fr/journal/france, le 24 juillet 2009, un article intitulé: «L'enquête de la brigade financière accable Julien Dray», qui imputait faussement à Marc ROZENBLAT d'avoir perçu sans véritable justification des fonds de l'association «Les Parrains de SOS RACISME»."

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