J.-L. Silicani : “la concentration détruit plus d’emplois que la concurrence”

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Régulièrement mis en cause par les concurrents de Free Mobile pour ses choix dans le cadre de la quatrième licence mobile 3G, l’Arcep (Autorité de régulation des télécoms) a notamment essuyé de vives critiques pour ne pas avoir suffisamment pris en compte le facteur de l’emploi sur le marché des télécoms…

Jean-Ludovic Silicani, président de l’Arcep, répond à ces critiques dans une interview consacrée à Challenges. Il y estime que la concurrence, loin d’être destructrice d’emploi, a un effet positif sur le marché, citant le contre-exemple des USA où la concentration est restée très forte.

« On entend souvent que la concurrence détruit des emplois. Or, aux Etats-Unis, où la concurrence est très limitée, non seulement les prix sont très élevés – 100 dollars pour le « triple play », contre 35 euros environ en France – mais surtout les opérateurs ont réduit de 27% leurs effectifs en 10 ans, contre 11% en France sur la même période ! La concentration génère plus de destructions d’emplois que la concurrence. En revanche, en France, en 15 ans, une régulation équilibrée a contribué à faire baisser les prix, tout en permettant un très fort développement des usages. L’argent économisé par le consommateur s’est reporté sur d’autres secteurs, ce qui est bénéfique pour l’ensemble de l’économie du pays. Le développement des usages numériques a d’autres effets bénéfiques – des externalités positives pour reprendre le langage des économistes : on estime ainsi que le secteur de l’économie numérique (ex TIC) est passé d’environ 300 000 à près d’1 million d’emplois sur 15 ans. »

Le président de l’Arcep rappelle également que des obligations liées à l’emploi ne peuvent pas être jointes à une licence délivrée par le gouvernement ; on parle plutôt d’engagement de la part de l’opérateur. « C’est d’ailleurs très exactement ce qui a été fait pour attribuer la quatrième licence mobile à Free : l’attribution de cette licence comportait un critère relatif à l’emploi ». À l’avenir, pour de prochaines licences, « le « poids » de ce critère pourrait être augmenté ».

L’arrivée de Free Mobile a engendré de nombreuses critiques également pour avoir réduit les marges des opérateurs. Sur ce point, J.-L. Silicani n’y voit pas d’inconvénient ; « l’important est que soit maintenue la capacité d’investissement des opérateurs dans leurs réseaux ». À ce sujet, il se veut confiant : « sur les trois dernières années, les opérateurs ont en outre effectué 5,6 milliards d’euros d’investissements immatériels pour acheter des fréquences. Or, il n’y aura plus de fréquences comparables à celles du dividende numérique à acquérir avant la fin de la décennie. Cela libère une somme importante qui peut être investie dans les réseaux. Donc au final, même si le taux de marge baisse, les opérateurs devraient conserver leur capacité d’investissement »

- Lire l’intégralité de l’interview sur le site de Challenges

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[Responsable de la rédaction] Sévit également sur Café Gaming et Point de vue social.

3 commentaires

  1. ou comment enfoncer des portes ouvertes... C'est un fait notoire puisque la concentration permet des économies d'échelle et de structure puisque au lieu d'avoir 2 ou 3 pôles de R&D on en a plus qu'un et qu'on peut supprimer tous les doublons à terme pour optimiser les coûts.
    Bizarrement on constate que si le prix de revient baisse, le prix public lui est rarement impacté par cette économie. En réalité la plupart du temps ce sont les actionnaires qui profitent de cette concentration car il faut maintenir la croissance de l'entreprise pour éviter que ces derniers ne modifient leur portefeuille.

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