Deux économistes pro et anti-Free Mobile se confrontent

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Les Échos publient ce jour un débat opposant les deux économistes Bruno Deffains, auteur d’une étude à charge sur l’impact de Free Mobile dans le domaine de l’emploi, et David Thesmar, co-auteur d’un rapport parvenant à des conclusions complètement opposées.

Le premier estime que l’arrivée de Free Mobile pourrait se traduire par la suppression de près de 55 000 emplois en France, tandis que le second affirme au contraire qu’elle pourrait en créer 60 000. Devant une telle différence de résultats, le quotidien économique a décidé de mettre les deux hommes face à face…

Chacun reste bien évidemment sur ses positions et défend le point de vue déjà développé dans son étude, mais pour Bruno Deffains, il n’y a pas forcément de contradiction : « je n’ai pas fait l’analyse des effets positifs sur le pouvoir d’achat et ses retombées sur l’emploi, qui est précisément ce qu’ont essayé de mesurer Thesmar et Landier dans leur étude. De ce point de vue, on peut dire que nous avons des analyses plus « complémentaires » que « contradictoires ». C’est en ce sens qu’on peut parler d’un processus de destruction-créatrice. Je laisse le soin aux spécialistes de faire le calcul du solde ».

Néanmoins, les points de désaccord sont toujours bien là : ainsi, l’analyse de David Thesmar repose sur l’idée que « la réduction de la facture télécom permet à l’économie de redéployer ses ressources dans d’autres secteurs (…) Si la baisse des prix est de 20 % et non 10 %, il y aura alors les 60.000 postes de plus que vous évoquiez », calcule-t-il.

De son côté, Bruno Deffains est plus sceptique. « Je suis convaincu que le pouvoir d’achat libéré par la baisse des forfaits s’orientera prioritairement vers les autres composantes de « l’offre télécom », c’est-à-dire le mobile lui-même et les applications (…) or ces biens là, par exemple les mobiles, ne sont pas produits en France », et ne contribueraient donc pas directement à l’emploi en France, selon le point de vue de ce professeur d’université. « Rien ne permet d’affirmer que les économies seront redéployées vers les smartphones importés », tranche alors David Thesmar, qui indique tout de même qu’un réajustement sera nécessaire : « les emplois « détruits » dans les télécoms et les secteurs affiliés seront « recréés » dans la restauration et ailleurs ».

Finalement, David Thesmar est interrogé sur le statut de son étude, qui, contrairement à celle de Bruno Deffains, a été réalisée sur demande de Free. « Pour notre part, nous avons été rémunérés par Free pour réaliser ce travail. Ceci, en toute transparence (…) Nous étions libres d’écrire des choses défavorables ; mais la question ne s’est pas posée », garantit l’économiste. Ce qui ne l’empêche pas de regretter « que ce débat ne puisse avoir lieu plus sereinement. On ne juge pas de la qualité d’un travail universitaire dans un tribunal », conclut-il.

- Débat à lire en intégralité sur le site des Échos

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A propos de l'auteur

[Responsable de la rédaction] Sévit également sur Café Gaming et Point de vue social.

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