La mode des images en relief

0

Chez Free.fr, la 3D ils ne l’ont pas… Et c’est tant mieux !

Les voies du marketing sont parfois impénétrables. Sous couvert d’innovation, depuis quelques mois, les constructeurs, réalisateurs de films et autres chaînes de télévision, s’engouffrant dans la brèche Avatar, rivalisent d’imagination pour nous vendre les vidéos en relief comme la prochaine grosse révolution de l’image. Faut-il les croire ?

A les écouter, c’est certain. Selon la plupart des constructeurs, la « 3D » (il est plus exact de parler d’image en relief) serait une évolution naturelle et logique, inévitable, de la vidéo, au même titre que le passage à la couleur, au 16/9 et à la HD.

Etrangement, personne ne semble vouloir faire remarquer que cette technologie ne fait que reposer sur un principe déjà connu et exploité depuis des dizaines d’années : la stéréoscopie. Le principe, basique, consiste à appliquer un filtre sur les yeux (de la simple paire de lunettes à verres polarisants de deux couleurs différentes, jusqu’aux modèles beaucoup plus évolués utilisés de nos jours), afin d’isoler une image par œil et ainsi, recréer une sensation de relief.

Problème : déjà promue plusieurs fois depuis les années 80 (et avec une vraie vague au milieu des années 90), l’“effet 3D” n’est jamais parvenu à convaincre et à passer le cap du simple effet de mode. On se souviendra des fameuses lunettes fournies dans les paquets de céréales, ou de quelques échecs cuisants…

Fin 1996, TF1 avait tenté d’innover en diffusant l’élection de Miss France 1997 en 3D, avec les lunettes cartonnées fournies dans les magazines TV. Ce qui était l’événement du moment s’est transformé en échec cuisant : la technologie était rudimentaire et l’effet, bien que parfaitement présent, était beaucoup trop sommaire.

A la même époque, peu de temps avant (en 1995), le constructeur de jeux vidéo Nintendo mettait sur le marché la console destinée à remplacer sa Game Boy : la Virtual Boy. La console prend la forme de lunettes 3D, offrant une image monochrome rougeâtre. Cela reste, encore de nos jours, un des échecs les plus cuisants du géant nippon du jeu vidéo…

JPEG - 36.9 ko
L’élection de Miss France en 3D, la Virtual Boy… dans les années 90, la 3D était déjà la mode.

Aujourd’hui, le très grand succès d’Avatar au cinéma a relancé la perspective de voir arriver la 3D partout sur nos écrans. Les moyens de tournage en 3D se sont démocratisés, la technologie se dit « enfin mature ». Peut-on se permettre d’en douter ?

Malgré les efforts incessants déployés par les branches marketing, force est de constater que l’image en 3D conserve de très nombreux défauts. Le plus présent d’entre eux reste l’obligation de porter des lunettes pour profiter de l’effet relief. Cette contrainte se révèle vite trop handicapante pour permettre à la technologie de se développer. Pouvez-vous réellement imaginer regarder la télévision, tous les soirs, avec une lourde paire de lunettes en plastique sur le nez ? Vous, ainsi que le reste du foyer ? Les contraintes sont innombrables : il devient impossible de regarder la télévision tout en faisant autre chose, et si une seule personne regarde la télévision avec le mode 3D activé, cela impose à toutes les autres personnes présentes dans la même pièce de mettre également leurs lunettes.

Quelques technologies « sans lunettes » se font jour (notamment chez le constructeur Sharp), mais elles sont pour le moment totalement inutilisables en conditions réelles ; elles ne fonctionnent que sur de petits écrans, d’un point de vue fixe, et la qualité d’image proposée est loin d’être intéressante pour le moment…

Quelle que soit la technologie utilisée pour les lunettes (il en existe plusieurs), les verres ont tous le désavantage de filtrer l’image en la dégradant : les couleurs y sont faussées, le contraste moins présent, les contours moins bien définis… un « simple » effet de relief vaut-il tous ces sacrifices ?

La Haute Définition peine encore à s’imposer, mais Sony annonce tout de même une mise à jour de certains de ses jeux PlayStation 3 pour les rendre compatibles 3D. Ce qui est moins souvent précisé, est que cela signifie une perte de la HD en contrepartie (pour des raisons de puissance de calcul). Là encore, le sacrifice (pour ne pas dire le retour en arrière) en vaut-il la peine ?

Aujourd’hui, on constate finalement que de nombreux spectateurs, ayant visionné Avatar en salles en 3D, redécouvrent désormais le film dans une édition DVD ou Blu-Ray. Les avis sont unanimes : on profite bien mieux des couleurs plus vives, des paysages, etc. Effectuez l’expérience chez vous, on vous promet que vous regarderez les promesses tenues par les vendeurs de télévisions 3D d’un autre oeil ensuite…

JPEG - 331.3 ko
Sur une scène de ce type, en 3D, vous auriez beaucoup de mal à distinguer ce qui se trouve en arrière-plan du premier coup d’oeil…

Retrouvez chaque semaine l’édito du lundi sur Freenews

Partager

A propos de l'auteur

[Responsable de la rédaction] Sévit également sur Café Gaming et Point de vue social.

Les commentaires sont fermés.