La fête de la musique… gratuite

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La Carte musique jeunes, que le gouvernement souhaitait mettre en place au forceps à temps pour l’arrivée de la Fête de la musique, aura finalement pris trop de retard. Faut-il s’en plaindre ?

Le rapport Olivennes, remis par Denis Olivennes (alors président de la Fnac) à Christine Albanel (alors ministre de la Culture) en 2007, fut à l’origine de la célèbre loi Hadopi, qu’on ne présente plus. Plus tard, c’est le rapport Zelnik qui vint suggérer la mise en place du projet Carte musique jeunes, censé redynamiser (voire dynamiser tout court) les offres de téléchargement légal.

Portée haut et fort par le gouvernement, la Carte musique jeunes propose aux jeunes des achats musicaux en ligne à moitié prix, via l’achat de cartes virtuelles prépayées financées pour moitié par l’Etat. Ce dernier envisage de consacrer près de 75 millions d’euros au projet, une somme qui sera directement reversée à une sélection de plateformes de téléchargement légal partenaires… cela va de soi.

Le but avoué de l’opération ? « Réhabituer les jeunes à acheter leur musique », selon Nicolas Sarkozy himself, début 2010. Ainsi, il est clair que le plus important n’est pas de redynamiser le secteur, mais bien une pratique en particulier, celle de l’achat de musique à l’unité. Faisant comme si les alternatives n’existaient toujours pas.

Car à l’heure actuelle, qu’on l’admette ou non, la consommation de musique gratuite est devenue la nouvelle norme. Que ce soit par le biais de plateformes dédiées (Spotify, Deezer, ou dans une moindre mesure Beezik), ou de manière plus indirecte (sur Youtube notamment avec son système de détection musicale), écouter de la musique gratuitement et légalement, c’est possible. Et cela génère des revenus.

Au-delà de la gratuité, ce qui compte, c’est le mode de consommation musicale. Ouvrir ses horizons avec une médiathèque vaste et variée ; c’était difficile et coûteux il y a plusieurs dizaines d’années, mais cela devient enfin possible grâce aux nouveaux modèles d’écoute. Preuve que ce n’est pas le fait de payer qui pose un problème, les plus mélomanes n’hésitent pas à investir, pour une poignée d’euros par mois (10 € en général), dans un abonnement premium chez Deezer ou Spotify. Pour ce prix, on bénéficie alors de la possibilité de conserver des morceaux hors-ligne, de les transférer sur son téléphone portable, de bénéficier d’une excellente qualité d’encodage…

Pour le même prix, sur une plateforme de musique en ligne de type iTunes (ou toute autre plateforme mise en avant par le gouvernement), on n’obtient même pas un album complet, et la qualité audio y est généralement inférieure.

Le choix est donc vite fait : là où une majorité de jeunes fait une consommation boulimique de musique, la Carte musique jeunes lui propose de revenir à la « génération singles ». Avec une limite de 25 euros de subvention par an et par personne (soit 50 euros d’achat), la fameuse Carte ne permet d’acquérir qu’entre 3 et 4 albums dans l’année… une certaine vision de la musique « Kleenex » totalement archaïque en 2010, en somme.

Voilà pourquoi, finalement, on ne peut que se réjouir, en ce jour de Fête de la musique, d’une victoire symbolique de la musique gratuite. En contrepartie, les taux de fréquentation des salles de concert battent des records, et de grands groupes mondialement connus, tels Radiohead ou encore Nine Inch Nails, proposent leur musique gratuitement à qui le souhaite (tout en permettant à ceux qui veulent payer de le faire également). L’acte d’achat devient, non plus un impératif, mais un signe de soutien facultatif et supplémentaire à un groupe… cette logique étant poussée jusqu’au bout par le prometteur service Flattr.

Sur ces conclusions, bonne fête de la musique à tous !

Liens connexes :

- Deezer

- Spotify

- Beezik

- Dogmazic

- Flattr

- Radiohead

- Nine Inch Nails

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