Contre le piratage, la piste légale

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2010, nous voilà. Une année commence, sous forme d’un joli chiffre bien rond, mais c’est également, en France, l’année de la mise en application de la loi Hadopi. La suprême Autorité de la coupure de connexion est prête à rentrer en application, les décrets l’encadrant ont été publiés au Journal Officiel, bref… tout est là pour mettre fin aux vils agissements des pirates.

Pourtant, ce volet répressif semble d’ores et déjà voué à l’échec. On ne reviendra pas dessus, le dispositif Hadopi souffre de tares techniques bien trop importantes pour être réellement exploitable. Il est possible d’usurper l’adresse IP d’un voisin, d’un collègue… afin de le faire accuser à sa place. Le dispositif de détection est totalement inefficace contre toute forme de téléchargement direct (direct download). Et puis, comment différencier les mails officiels de l’Autorité, des les multiples tentatives de phishing (ou autres spams) qui ne manqueront pas de voir le jour dans les semaines qui viennent ?

N’en déplaise aux sages désignés pour présider l’Autorité, le salut semble bel et bien venir des offres légales. Non, pas les albums à 10$ l’unité sur l’iTunes Music Store, tout aussi ruineux que les achats de CD physiques, mais bien les offres illimitées à la sauce Spotify ou Deezer. Elles ont l’énorme avantage de proposer une offre entièrement gratuite basée sur la publicité et permettant d’accéder à l’ensemble du catalogue instantanément. Un bon moyen de satisfaire à la fois les gros consommateurs de musique ou les auditeurs plus occasionnels.

Néanmoins, toutes deux misent sur leurs modèles « Premium » (9,99 € par mois) qui, outre la disparition des publicités, proposent de nombreux autres avantages. Il devient possible de télécharger des morceaux afin de les écouter hors ligne, et d’écouter de la musique directement depuis son téléphone portable moyennant l’utilisation d’une application. Enfin, elles gomment un des plus gros défauts de l’offre gratuite : la qualité audio, qui se voit remontée à 320 kbps. Un luxe auditif dont de nombreux sites, vendant pourtant des morceaux à l’unité, ne disposent pas…

De nombreux « ex-pirates » se sont déjà reconvertis à Spotify ou à Deezer. Il est évident que, par rapport aux usages illégaux, ces offres permettent un confort supplémentaire (qualité audio, disponibilité immédiate de l’intégralité du catalogue sans téléchargement grâce au streaming, usage sur les téléphones portables, inutile de tagger et ranger sa bibliothèque multimédia…). On oublie trop souvent que beaucoup de pirates sont, avant tout, des mélomanes convaincus, manifestement prêts à débourser quelques euros par mois contre un tout-illimité pratique et apportant un vrai confort d’utilisation (l’abandon des mesures techniques de protection, ou DRM, véritable contrainte pour l’auditeur, en est une preuve). Et ceux que l’abonnement mensuel pourrait dissuader, peuvent se contenter des offres gratuites…

Dotées de plus en plus d’atouts, ces offres de streaming « à valeur ajoutée » doivent toutefois encore prouver qu’elles sont capables de reverser une juste somme aux artistes. Cet aspect est sujet à discussions, et il est difficile d’évaluer le montant des reversements faits pour l’instant. Gageons toutefois que ce sera à l’ensemble de l’industrie de s’adapter aux nouvelles technologies, par exemple en réduisant la part des intermédiaires (maisons de disques). Etrangement, on doute que ces derniers cautionnent l’idée…

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A propos de l'auteur

[Responsable de la rédaction] Sévit également sur Café Gaming et Point de vue social.

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