Jeux vidéo sur Freebox : décryptage de l’arlésienne

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Attendue depuis la sortie de la Freebox HD début 2006 (il y a déjà plus de 3 ans), la fonction « jeu vidéo » sur Freebox n’a, à ce stade, toujours pas vu le jour… à tel point qu’on peut se demander si elle est toujours au programme.

Trois années riches d’informations sur ce que sera, ou ce qu’aurait pu être, le service jeux vidéo… et ce, malgré l’absence totale de communication officielle sur le sujet.

Entre spéculations, indices et lancements avortés, rien ne va plus pour une des plus grosses arlésiennes de Free. Freenews tente de décrypter les raisons d’une attente à n’en plus finir.


Tout commence le jour même de l’annonce d’un nouveau modèle de Freebox, le 19 avril 2006. Parmi la foultitude d’infos et de photos pleuvant sur les sites freenautes, beaucoup repèrent d’emblée la nouvelle télécommande de la Freebox : de forme atypique, celle-ci dispose d’une croix directionnelle ainsi que de 4 boutons d’action (ABXY), deux boutons de tranche (LR) et deux boutons select et start. Une fois penchée sur le côté elle ressemble à s’y méprendre à un pad de jeux vidéo old school, en particulier celui de la Super NES (Nintendo) dont elle reprend la disposition des 12 boutons.


Aussitôt, l’idée que notre FAI compte lancer un service jeux vidéo sur sa nouvelle box fait le tour du web. Avec son sens habituel de la communication, Free se garde bien de démentir ou de confirmer quoi que ce soit. Néanmoins, l’idée est parfaitement crédible, d’autant que la Freebox HD a des spécifications suffisantes pour faire tourner des jeux en deux dimensions tout à fait décents.

- processeur MIPS à 300 MHz, disposant d’un certain nombre de fonctions d’ordre graphique. C’est un bon processeur qui se rapproche de ce qu’on peut trouver sur certaines consoles portables du marché comme la PSP (sans le processeur graphique qui va avec, mais ça n’a pas vraiment d’importance tant qu’on ne fait pas de la 3D).

- 40 Go d’espace de stockage sur disque dur

- connectivité HD

- connexion permanente à internet…

Pas de quoi concurrencer une PlayStation 3 bien sûr, mais c’est plus que suffisant pour proposer de redécouvrir d’anciens jeux ou en créer de nouveaux en 2D.

Tout n’est cependant pas rose, puisque la Freebox souffre aussi d’assez gros handicaps. La télécommande, par exemple, ne fonctionne pas avec une technologie sans fil de type bluetooth, mais bien en infrarouge ; imaginez jouer à un jeu en gardant la manette bien pointée sur votre Freebox… et même comme cela, les pressions sur les touches ne sont pas toujours bien prises en compte. Cela provoque également un temps de réaction assez important. Enfin, la télécommande Freebox ne supporte pas plus de 2 pressions simultanées ; si ça n’a l’air de rien comme ça, cela empêche de jouer dans de bonnes conditions à tout un tas de jeux. Exemple concret : dans Super Mario Bros., pour avancer en courant, vous devez presser simultanément la touche de rapidité et une direction. Imaginez maintenant que vous deviez sauter en cours de chemin… il vous faudra rajouter une pression sur une troisième touche, et cette dernière ne sera pas prise en compte.

Pour toutes ces raisons, le jeu via la télécommande ne permettra jamais des jeux d’action véritablement intenses. On imagine plutôt que le service s’orientera vers les jeux de réflexion et jeux au déroulement « lent ».

Free pourrait aussi contourner ce problème en proposant un support standard pour les périphériques de jeux USB. Ainsi, il suffirait de brancher un pad pour jouer dans d’excellentes conditions. Malheureusement, tout le monde n’en dispose pas…

Quels jeux pour la Freebox ?

On aborde là, sans doute, le cœur du problème. La fonction de jeux est intéressante, mais sans jeu disponible, elle n’ira pas bien loin… A ce titre, plusieurs possibilités ont été imaginées par les Freenautes.

La première consiste à porter de vieux jeux vidéo sur Freebox. Des titres PC particulièrement anciens (jusqu’au milieu des années 90) ne posent pas le moindre problème, techniquement parlant. Seul impératif : il faut qu’ils aient été rendus disponibles sous Linux, car c’est ce système qui fait tourner la Freebox.

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Le célèbre Doom, dont l’épisode 1 est disponible gratuitement

Se posent alors des problèmes de droits. Si certaines sociétés ont décidé de rendre leurs anciens jeux ouverts à tous, d’autres ne renoncent pas à leurs droits sur des jeux pourtant anciens de plus de 20 ans ! La mode « retro » étant en plein boom, le commerce de vieux jeux sur les plateformes légales (Virtual Console Wii, Xbox Live Arcade, Steam…) encorage les éditeurs à commercialiser leurs gloires passées… ce qui n’est sans doute pas à l’avantage de Free.

On imagine donc que Free pourra se tourner vers le monde de l’open source, qui n’est certes pas très riche en jeux de qualité mais propose une gamme de jeux réutilisables à l’envi sans soucis légaux.

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Wormux, clone libre de Worms

Une dernière piste intéressante serait donc celle de l’émulation (c’est-à-dire, faire tourner tous les jeux d’une console à l’aide d’un programme). Le principe serait d’intégrer les émulateurs à la Freebox et de laisser les utilisateurs se débrouiller à trouver les roms (jeux) par leurs propres moyens, puis les placer sur le disque dur pour y jouer.

Ici, on flirte clairement avec les limites de la légalité. Si l’émulation n’est pas, en soi, illégale, il est évident que télécharger des jeux sans autorisation l’est. Et il est bien peu probable que les éditeurs laissent leurs jeux à disposition de Free gratuitement (pour les raisons déjà évoquées plus haut).

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Alex Kidd in Miracle World, sur Sega Master System

Où on va ?

Quelques fouineurs avaient d’ailleurs réussi à démontrer, en explorant le code de la Freebox, que Free a envisagé et testé beaucoup de ces possibilités. En explorant les fichiers de configuration de la Freebox, ils ont réussi à trouver des traces de plusieurs programmes :

- anciens jeux PC : Doom, Quake, Heretic, Hexen, Wolfenstein 3D

- émulateurs : NES, Game Boy, Master System, Game Gear

- jeux open source : Ltris (clone de Tetris)

De même, quelques privilégiés peuvent certifier avoir vu tourner Doom ou Wolfenstein sur une Freebox, quelque part au détour d’un couloir… 😉

Cependant, il semble qu’aucune de ces solutions n’ait été finalement retenue. Plus récemment, Free a laissé échapper pendant quelques minutes une version de son service jeux qui ne propose rien de tout cela, mais uniquement des classiques du jeu de réflexion (solitaire, démineur, snake, etc.) codés intégralement par des développeurs Freebox.

En toute franchise, il serait réellement dommage que le service jeux se limite à ça, surtout après tant d’attente. Un lancement de cet acabit risquerait d’avoir comme une odeur de pétard mouillé…

Money, get away !

Le grand tabou est donc lancé : et si Free lançait un service payant ? En l’absence de possibilité de trouver suffisamment de jeux pour avoir un catalogue intéressant et concret, serait-il envisageable que Free distribue des jeux vidéo de divers éditeurs sur le modèle payant ?

Dans le même état d’esprit, on sait que Free s’intéresse de près aux jeux d’argent. Lorsque la loi le permettra, il ne serait pas impossible que le service jeux vidéo se lance avec des jeux d’argent en ligne… la Freebox HD étant perpétuellement connectée au net, il devient simple de proposer un service de poker en ligne, ou encore un casino virtuel, le tout directement accessible sur sa télévision.

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Le poker en ligne est une vraie manne financière

Developers, developers, developers !

Et pourquoi ne pas laisser les développeurs qui le désirent développer leurs propres jeux sur la Freebox HD, me direz-vous ?

Il est évident que Free s’est déjà posé la question. Après tout, le succès du Freeplayer repose en grande partie sur les apports des développeurs amateurs de la communauté. Seulement, dans le cas du Freeplayer, cela ne nécessite que du code HTML envoyé à la Freebox, par le biais du PC et de VLC. Il n’y a donc aucun risque potentiel de sécurité puisque le développeur n’accède pas à la Freebox à proprement parler.

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Homeplayer : un des meilleurs exemples de ce que les développeurs de la communauté sont capables d’accomplir

Pour la création de jeux, il en est tout autrement. Si Free souhaite ouvrir la porte aux développeurs, il devra mettre en place une API, plus ou moins restrictive, donnant accès au cœur même de la Freebox. Une tâche délicate qui pourrait compromettre la sécurité de la box, si jamais une faille venait à être découverte. Donner l’accès à des fonctions internes puissantes de la Freebox semble être un risque que Free ne veut pas prendre. Ou du moins, pas tout de suite.

La problématique est intéressante. Des solutions « intermédiaires » existent. Free pourrait parfaitement demander aux développeurs de leur soumettre les jeux, qui seraient alors vérifiés avant publication. Cependant, c’est un investissement humain supplémentaire puisqu’il faut mettre en place un ou plusieurs modérateurs du service. Et même dans ce cas, il n’est pas impossible qu’une faille ou n’importe quel autre type de code « malicieux » outrepasse la vigilance des testeurs.

Ne remets pas à demain…

Difficile de croire que cela fait trois ans que nous attendons ce service. Les nombreux revirements de situation ont tendance à nous faire penser que Free ne sait plus quelle attitude adopter ni quelle solution choisir, et se retrouve relativement pris au piège de sa propre communauté.

Ce n’est un secret pour personne, la Freebox HD devait accueillir des jeux. Où sont-ils ? Le lancement avorté de mars dernier était-il un nouvel espoir ou témoigne-t-il du peu d’ambition qu’il reste à Free pour ce service qui aurait pu être un « second Armageddon » ?

Si les choses continuent à ce rythme, les jeux vidéo ne sortiront qu’avec le prochain modèle de Freebox… de quoi frustrer de nombreux fans restés dans l’expectative. Hé ho Free, on est toujours là ! 😉

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A propos de l'auteur

[Responsable de la rédaction] Sévit également sur Café Gaming et Point de vue social.

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